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Le chemin des poissonniers, Finistère

« Je ne suis pas bretonne, mais cela fait quatorze ans que je vis en Bretagne, et j’ai même appris le Breton. Je viens du Midi. J’ai vécu mon enfance parmi les ruines romaines : Nice, Fréjus, Nîmes, les thermes, les arènes, les voies… Je suis sensible à l’histoire antique. Âgée de 12-13 ans, j’aidais les archéologues sur les ruines de Cimiez ! Mais les Bretons, l’Antiquité, ça ne les motive pas. Il me semble qu’à leurs yeux, être gaulois ou romain, c’est être français, pas breton. Quand je suis arrivée en Bretagne, j’ai perçu ce vide dans les paysages : d’un côté les mégalithes du Néolithique, de l’autre les saints catholiques des 5e-6e siècles et les chapelles de pierre ; entre les deux, il n’y a rien – ou du moins rien n’est visible. Toute l’Antiquité gauloise et romaine est absente ; j’ai trouvé ça désolant. Il y a beaucoup de voies romaines dans le Midi, et j’étais certaine qu’il devait en exister ici aussi. Et effectivement, la région est traversée d’une grande voie romaine, que les randonneurs connaissent bien ; elle reliait Concarneau à Carhaix, pour apporter des coquillages, des huîtres et des poissons – d’où son nom : le ‘Chemin des Poissonniers’. Et c’est moi, la Niçoise, qui leur ait montré tout ça ! Partout ailleurs en France, les voies romaines sont balisées. Dans le Midi, la Via Domitia est une merveille, une splendeur. Mais ici, ce petit kilomètre de voie romaine bretonne n’est pas marqué dans le paysage ; même les deux poteaux que j’ai demandés, une broutille, n’ont jamais vu le jour. Même si l’Antiquité n’est pas, pour le moment, dans les gènes bretons, j’aimerais retrouver tout ça, ramener cette époque à la vie ! »

(Rosporden, Finistère, 29)