« Je suis maire de village, et comédien. J’écris, je mets en scène, j’interprète. Dans mon spectacle je me fais guide imaginaire d’un ‘musée de la vie’ où je raconte les histoires entendues par mes parents au sujet des aïeux que je n’ai pas connus. Le spectacle est pour moi indissociable de la transmission ; or c’est ça, le patrimoine : recevoir et transmettre. On hérite du patrimoine d’hommes qui ont vécu, souffert, et partagé. Je le ressens particulièrement dans l’église du village. Construite au 10ème siècle, c’est un endroit extrêmement vivant. C’est peu banal, pour une église : une présence divine certes, mais, ici, c’est surtout une réelle présence humaine. On perçoit partout dans l’église la main de l’homme, les signes du vécu. Au 15ème siècle, le seigneur Imbert de Bathernay restaura l’édifice ; aujourd’hui, on retrouve ses armoiries en vingt-six endroits de l’église ! On ressent son vécu jusqu’au cimetière, où sont inhumés ses prédécesseurs. Des traces ont aussi été laissées par sa mère, Catherine : une chapelle latérale lui fut dédiée, dont témoigne un vitrail aujourd’hui. Elle est aussi présente sur le parvis de l’église où elle aurait, d’après la légende, été l’actrice principale du ‘miracle des roses’. Même la cloche, baptisée en 1840, possède une identité : elle est nommée ‘Véronique’ ; j’ai identifié la tombe de sa marraine dans le cimetière. Les incendies que l’église a subis ont également laissé des indices, dans la présence d’une statue de Sainte-Barbe, protectrice des pompiers et des mineurs, et dans les traces de feu qui subsistent sur les murs. L’église est ainsi un lieu de vécu mais aussi de souffrances et de reconstructions. Chaque fois que j’y entre, je perçois immédiatement ces signes de vie et je trouve ça spectaculaire. Pour moi, tout l’intérêt, même pour les profanes, vient de là : de vivre le lieu, au sens sensoriel. »

(Bathernay, Drôme, 26)

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