« Les tours font partie du paysage de la ville. Dominant la vallée et la rivière, elles faisaient autrefois partie des remparts du château-fort ; avec leurs courtines, elles constituaient un donjon bâti au cœur de la ville, dont elles délimitent aujourd’hui la partie ancienne. Ces tours sont énormes et magnifiques. Au 16ème siècle, une charge explosa sur l’une d’elles et la fendit de haut en bas. Elle ne s’écroula pas pour autant, car ses murs sont épais de cinq ou six mètres à la base. Aujourd’hui c’est amusant, car en voyant cette fente dans la tour on craint toujours qu’elle s’écroule. Les courtines furent démolies sous Henri IV, alors il resta les tours. Quand on arrive par l’autoroute, on passe le rond-point et soudain les tours nous sautent à la figure. Ça impressionne toujours ; on se dit que ce n’est pas vrai, qu’on doit être au Moyen-Âge ! Mais la ville n’est pas pour autant immortalisée dans un folklore médiéval, au contraire : elle est toujours vivante, et tire sa qualité de sa diversité. Chacune des quatre tours a sa propre identité aujourd’hui. La tour de l’Orle d’Or est le siège d’une société savante ; la tour de la Géhenne accueille des concerts de jazz, l’été ; et la tour Margot est adossée à un petit théâtre, un bijou du 19ème siècle. Quand on passe derrière la scène, dans le foyer, on arrive directement dans la tour, qui accueille la loge des comédiens ! C’est une ville qui suscite la passion de ceux qui l’habitent. C’est une ville qui se déguste, une ville magnifique, sur un site incroyable dans une boucle de la rivière ; un piton de granit en plein pays calcaire. Normalement, quand on visite des lieux historiques, on se demande si des gens y habitent. Ici, le soir, quand on rentre chez soi et qu’on passe devant les tours des remparts, on soupire en se disant qu’on a de la chance, et on s’émerveille d’habiter dans un endroit pareil.  »

(Semur-en-Auxois, Côte-d’Or, 21)