« Je trouve l’histoire de l’origine de ce lavoir intéressante. Un premier lavoir avait déjà été construit au 19ème siècle, à côté d’une source naturelle. Mais les femmes du village le trouvaient trop éloigné du centre, et râlaient d’avoir à porter le linge aussi loin. On construisit donc à la fin du siècle un second lavoir – celui-ci. Il recevait l’eau par gravité, par le biais d’un conduit qui le reliait au premier lavoir, ce qui lui permettait de bénéficier de l’eau de la source. C’est pour moi un édifice magnifique. Il est tout en pierre de taille, la pierre du pays. C’est une caractéristique du coin : quand les régions voisines utilisent la brique ou les galets, nous sommes ici dans une région de pierre. On l’extrayait des carrières, certaines situées au sein même du village – aujourd’hui disparues, recouvertes par le boisement. La charpente du lavoir est faite de poutres en bois de chêne. On voit bien que certaines avaient déjà été utilisées : elles ont des entailles régulières tous les quinze ou vingt centimètres, évoquant les « plafonds à la française » qui se faisaient autrefois. Cela montre que le lavoir fut bâti à la fois d’arbres de l’époque et de bois de récupération. L’intérieur est très joli, car tout y est en pierre de taille. Le lavoir est aussi unique par sa taille immense : l’intérieur fait 120 mètres carrés. L’espace d’eau, au centre, est entouré de pierres inclinées à 30 ou 40 degrés qui permettaient aux femmes de frotter le linge. J’aime le fait que certains murs du lavoir portent encore des inscriptions. En effet, à l’époque où les hommes du village, qui travaillaient à la vigne la journée, se retrouvaient dans les cafés et bistrots pour y boire le vin, les femmes, elles, se retrouvaient au lavoir. Elles pouvaient y discuter entre elles, et elles y étaient à l’abri, grâce à la forme particulière de ce lavoir qui ferme complètement, quand les autres s’ouvrent souvent vers l’extérieur. C’était un véritable espace de rencontres ! »

(Rignat, Ain, 01)