« Quand je suis arrivée dans la région, c’est le premier château que j’ai visité. J’ai eu un coup de cœur immédiat pour cette belle architecture, avec ce pont de pierre qui enjambe la rivière, et cette entrée imposante et travaillée, aux motifs architecturaux typique de la Renaissance. Il y a aussi un élément atypique avec la tour des Marques, le dernier vestige du château-fort primitif ; dans la perspective, elle se superpose aux ajouts de la Renaissance, et je trouve fascinante cette confrontation entre deux époques. J’aime aussi que le lieu ait une histoire si forte, qui ne resta pas figée à l’époque de la Renaissance : on le sait peu, mais le château marquait durant la guerre la ligne de démarcation entre la France occupée et la France libre. Il devint ainsi un lieu de passage-clé pour les résistants. Surtout, c’est le seul château de la Loire réputé pour avoir des histoires de femmes fortes. On le surnomme d’ailleurs ‘le château des dames’ ! L’épouse de son bâtisseur, Catherine Briçonnet, participa grandement à sa conception et à sa construction, et je trouve ça fort qu’une femme, à la Renaissance, prenne un tel rôle. Il y a aussi dans le château une salle impressionnante du fait qu’elle soit entièrement peinte en noir ; car après l’assassinat de son mari, la reine Louise de Lorraine décida d’inscrire le deuil dans ses tenues mais aussi dans l’espace qu’elle occupait. Une autre figure féminine du château est Louise Dupin, qui au 18ème siècle joua un rôle important pour sa conservation. Enfin, le château fut marqué par la rivalité entre Diane de Poitiers et Catherine de Médicis, qui l’occupèrent successivement et se battirent pour sa propriété. Catherine gagna ; elle créa un jardin face à celui de Diane : aujourd’hui, lorsqu’on se tient sur l’un des balcons du château, les deux parterres sont strictement opposés par la perspective, et il semble alors que la reine et la favorite s’affrontent encore ! »

(Chenonceaux, Indre-et-Loire, 37)