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Les fortifications de Brouage, Charente-Maritime

« De premier abord, c’est un lieu austère. Cette ville fortifiée est ceinte d’épais remparts de pierre qui n’offrent qu’un unique point d’accès, par une ancienne porte. Enfant, j’avais le souvenir d’un bastion imposant à l’architecture particulière. La ville fut fortifiée en 1630-1640, alors que sa grande voisine protestante, La Rochelle, était en conflit avec le pouvoir royal. La région était alors un point de départ pour les protestants qui quittaient le pays par la mer pour la Nouvelle-France, de l’autre côté de l’Atlantique, et l’explorateur qui fonda la ville de Québec passa d’ailleurs par ici avant son départ. Aujourd’hui, les vitraux de l’église retracent l’histoire de cette fondation et, moi qui ne suis pas sensible à l’architecture religieuse, je les trouve magnifiques. Afin de contrer ces résistances à l’ordre catholique, Richelieu fit construire de nombreuses fortifications dans cette région qui subissait aussi les assauts anglais par la mer, et la ville fut fortifiée. C’est dans ce bastion imprenable que Marie Mancini, l’amour interdit de Louis XIV, fut exilée : Brouage n’était pas un coin agréable ! Pourtant, c’est aujourd’hui un lieu charmant ; quand d’autres se promènent dans des parcs ou des châteaux, les Rochelais aiment se balader dans cette ville fortifiée. Durant mon enfance, les remparts recouverts d’herbes offraient un terrain de jeux et d’escalades merveilleux. Nous nous y rendions aussi pour les petits commerces qui ont fleuri dans la ville, des artisanats d’art, de bijoux, de céramique et de textiles. Dans cette région au fort héritage commercial et commerçant, nourri par les trafics des ports de Bordeaux et de La Rochelle, c’est un aspect vivant du patrimoine qui se perpétue ! Cela forge aussi l’identité du lieu, ce contraste entre l’architecture militaire austère et le charme des petites boutiques et cafés. Depuis l’époque de Vauban, l’océan s’est retiré, et la ville est aujourd’hui entourée de marais. Si elle peut rebuter ceux qui ne la connaissent pas, elle est pour moi un endroit magnifique où je viens comme en pèlerinage. »

(Brouage, Charente-Maritime, 17)

Carte postale envoyée de Brouage en 1903 : « Je suis allé me promener jusqu’à Brouage. Les vestiges de l’ancien port, entre autres les fortifications s’élevant au milieu d’une campagne marécageuse et bien triste, sont curieux à voir ».