« C’est son charme fou qui m’a d’abord attiré. Ce château de mille ans se tient sur un site occupé depuis deux mille : le site gallo-romain laissa place à la motte féodale, autour de laquelle la forteresse fut édifiée tel un écrin de pierre. Du temps de Louis XIII, la Loire passait à ses pieds ; aujourd’hui, retirée dans la plaine, elle laisse le château sur son coteau, comme suspendu entre terre et ciel. J’y suis arrivé un peu par hasard, et j’y suis resté. J’en suis aujourd’hui le responsable : j’en prend soin à divers niveaux, de la visite à l’administration, de la communication aux travaux. Les matins, quand je me lève, je m’y sens comme dans un vaisseau ; j’aperçois le château voisin, la forêt millénaire qui a fait la richesse des marquis, et la centrale électrique qui montre aussi que le monde a changé. Dans la cuisine, les faucons volent devant la fenêtre ; et, quand des orages tombent au loin sur la Bourgogne, j’assiste à un spectacle grisant. Les jours de tempêtes les vitres tremblent et ça devient presque Titanic, avec l’eau qui s’infiltre, les éclairs et le vent. Cela implique du travail, évidemment – se lever dans la nuit pour essorer les parquets, vider les bassines et refermer les fenêtres. Mais cela laisse de si beaux souvenirs ! Les différentes occupations ont façonné le lieu dans un contraste fou : d’un côté, la façade médiévale austère, silhouette imposante qui domine les environs ; de l’autre, une façade remaniée au 19ème siècle, avec une architecture néo-renaissance faste. La forteresse imposante et la maison romantique. La structure asymétrique surprend parfois les visiteurs ; mais je trouve ça génial, que le château suscite encore des émotions, positives ou négatives. Un château gardé pour soi c’est un château qui meurt ; les châteaux furent bâtis pour être vus, et c’est cette pierre partagée qui permit à leurs propriétaires d’embellir la région et de nous la laisser en héritage. Qu’il provoque ou qu’il dérange, cela montre que le château n’est pas endormi ; et que l’orgueil des seigneurs d’antan fait toujours effet aujourd’hui ! »

(Saint-Brisson-sur-Loire, Loiret, 45)