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La filature Le Blan-Lafont, Nord

« C’est un lieu qui a toujours fait partie de mon environnement. Depuis mon enfance, je passe à côté de cet édifice à l’abandon qui se tient à la frontière entre Lille et ma ville, Lomme. Cette ancienne usine désaffectée, abandonnée à la fin de l’activité industrielle, n’était pas pour moi du patrimoine mais un élément intégré à mon paysage. Elle était alors complètement détruite, à l’exception de la façade. L’usine était une coquille vide, squattée, pillée et même incendiée, où il ne restait plus rien. Il y a quelques années, il fut décidé de la réhabiliter et de la transformer en pôle de technologies. J’habite juste à côté : la reconversion s’est faite sous mes yeux, quotidiennement. Ce fut un véritable déclic, qui inspira ma prise de conscience progressive de la valeur du lieu. Au début du siècle dernier, cet édifice était l’imposante usine de filature de la dynastie industrielle Le Blan-Lafont. Le textile était alors une industrie majeure, qui se développait à grande vitesse dans le Nord. En 1896, ils édifièrent cet immense bâtiment de briques, dans un style architectural atypique, avec ses cheminées et donjons. C’était un véritable ‘château de l’industrie’ ! Pendant le premier confinement, j’ai appris à véritablement connaître l’usine aujourd’hui rebaptisée EuraTechnologies, car elle faisant partie du rayon d’un kilomètre autour de ma maison. C’est en retournant la voir régulièrement que, petit à petit, j’ai compris son importance historique et sa beauté. Moi qui suis passionnée d’histoire, j’avais toujours eu du mal avec la période contemporaine, et je n’avais pas d’intérêt spontané pour le patrimoine industriel – alors qu’ici, dans le Nord, il nous entoure ! Mais c’est peut-être justement pour ça, parce qu’il nous entoure, qu’on n’en reconnaît pas immédiatement la valeur. Aujourd’hui, bien que l’architecture du lieu soit admirée, son histoire reste oubliée. Dans ce lieu surnommé la ‘Silicon Valley’ de Lille, on choisit d’abord de voir l’incubateur technologique avant le patrimoine. Mais ça n’est pas toujours évident de percevoir le patrimoine que l’on côtoie – et j’ai hâte du jour où cela évoluera. »

(Lomme, Nord, 59)