« Je suis née ici ; petite, je m’interrogeais souvent au sujet de cette construction mystérieuse qui se tient entre le canal et la forêt, et que j’aperçois presque depuis chez moi. Mes parents savaient sans vraiment savoir, et n’ont jamais pu m’expliquer. Il s’agit d’un lavoir à charbon – le plus grand d’Europe ! ; dans cette ville minière, il rassemblait des machines qui lavaient le charbon pout en ôter les particules non-combustibles et ne conserver que le charbon pur. Cet édifice est emblématique de l’histoire de la ville, pour laquelle l’exploitation minière fut fondatrice : sans les mines, la région ne se serait pas développée, et notre ville n’aurait pas été fondée. Elle s’appelle d’ailleurs ‘Montceau-les-Mines’ ! Pourtant, le lavoir tombe aujourd’hui en ruines. Rempli d’amiante, il est si imposant qu’on ne sait comment le réutiliser. Petit à petit, la ville s’éloigne de son héritage minier, préférant ‘aller de l’avant’. Pourtant, les anciens mineurs sont toujours là, leurs familles aussi, attachées à ce pan de l’histoire. Cela me fend le cœur, que ce témoignage se perde et que l’histoire des mineurs s’efface. Quand ils disparaîtront, il n’y aura plus personne pour s’occuper du lavoir à charbon ni pour parler de ce qu’ils ont bâti, de ce qu’ils ont enduré. Ce sera presque alors comme s’ils avaient fait tout ça pour rien ; qu’ils n’avaient pas compté. Les traces de l’histoire minière sont omniprésentes dans la ville, elles sont un marqueur identitaire fort ; pourtant, personne ne les voit ou ne veut les voir. Moi-même, j’habite dans une ancienne maison de mineur et pour moi, ce lavoir à charbon est une fierté. Je montre à tous les amis qui me rendent visite ce lieu intriguant, qui a le charme de l’architecture industrielle. Immense, ses reflets dans le canal le rendent plus imposant encore. Il attire l’œil, irrésistiblement : sur le pont depuis lequel on l’aperçoit, les voitures ralentissent ou s’arrêtent toujours pour l’observer, bien qu’aucun panneau ne les renseigne sur sa fonction. Pour moi, le lavoir gagne de la beauté lorsqu’on sait pourquoi il est là. »

(Montceau-les-Mines, Saône-et-Loire, 71)