« Pour moi, ce pavillon est un décor. Rien n’y est laissé au hasard. Il y a tant de détails, partout ; tant de formes et de matières qui s’embrassent : lignes géométriques, arcs de cercle, céramiques, verres, bois, stucs, faïences… C’est comme un jeu, osé et d’une grande richesse. Je trouve cela fou. Où que l’on regarde, on en voit partout. Vitraux, animaux, fleurs, têtes de lion… Les décors de ce petit établissement thermal, bâti en 1903, me semblent presque un livre d’images, de contes, où l’on perçoit des influences orientales ou italiennes. C’était ça, aussi, le rôle des thermes : soigner et faire voyager. Le décor emportait les curistes loin de leurs habitudes, loin de leur quotidien. Et aujourd’hui, on y voyage encore – et il offre tant à capturer. J’ai découvert ce petit pavillon thermal, fermé au public, lorsqu’on m’y a commandé un reportage photographique. En ouvrant la porte, j’ai découvert un bijou, et j’ai souhaité lui rendre hommage à travers des photographies esthétiques. Car l’architecture et le décor des thermes ont été ignorés dans les années 70, 80, invisibilisés derrière des photos médicales, lisses et froides. Pourtant, les thermes ne sont pas que des lieux de soin mais des lieux historiques, particuliers, bâtis comme des écrins uniques qu’il faut mettre en avant. Au-delà des décors, j’aime employer la photographie pour mettre en valeur les corps dans les bains, et les peaux – qu’elles soient colorées, tatouées, boutonnées, ridées. Et toujours, l’eau, à fleur de peau. Car aujourd’hui l’eau est cachée : dans les villes thermales, on dissimule les sources et les buvettes, alors que l’eau est la matière première, une ressource essentielle ! J’aimerais que, dans notre environnement, l’eau devienne plus visible, plus accessible. Ici, dans ce pavillon niché dans un vallon, on entend la rivière passer. C’est un lieu où même on ne se sent jamais seule, même lorsqu’on l’est. Il est habité par son passé, par son architecture, par ses décors. Dans cet édifice magistral et désert, on entend l’eau qui goutte, qui coule, qui résonne. Il est, finalement, comme un écrin de l’eau. »

– Aude, 43 ans, directrice artistique

Pavillon Saint-Mart, 9013 Le Parc Thermal, 63 400 Chamalières, Puy-de-Dôme
Copyright : Bagalad – Les humains du patrimoine

Copyright : Servane Hardouin-Delorme