On y rencontre tous types de pèlerins ; certains aiment le côté social et collectif, la rencontre, d’autres mènent un travail sur eux, émotionnel, spirituel. Après la crise sanitaire, beaucoup d’individus ressentant le besoin de se retrouver s’élancent sur le Chemin.

Magali


Le Chemin de Saint-Jacques et l’oeuvre Vivre Seule

Le patrimoine : Le Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle et l’œuvre d’art Vivre seule de l’artiste Elias Guenoun et de l’artisan Thierry Plenecassagne, qui fait partie d’une série d’œuvres artistiques intitulée Fenêtres sur Paysages disposées le long du Chemin de Saint-Jacques.

Le territoire : Le long du GR65, sur l’étape Conques-Livinhac-le-Haut du Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, au Mont Thabor, au fond d’un champ à la lisière d’une forêt.

L’habitante qui vous en parle : Magali Soubiroux, directrice de l’Office de Tourisme et du Thermalisme de Decazeville Communauté, où elle travaille depuis vingt ans.

L’histoire de Magali

« Originaire de l’Aveyron, je suis très attachée au pays et je sais ma chance d’y travailler. Dans mon enfance, mes parents habitaient sur le Chemin de Saint-Jacques, à côté de la chapelle de Guirande dans le Lot. Nous regardions avec curiosité ces marcheurs portant de gros sacs, une coquille sur le dos, en se demandant pourquoi donc passaient-ils tous au même endroit ! De mars à octobre, ce sont près de 15 000 marcheurs qui traversent notre territoire, et toute une activité économique y est liée. On y rencontre tous types de pèlerins ; certains aiment le côté social et collectif, la rencontre, d’autres mènent un travail sur eux, émotionnel, spirituel. Après la crise sanitaire, beaucoup d’individus ressentant le besoin de se retrouver s’élancent sur le Chemin.

Cette œuvre d’art a été créée pour eux. C’est une construction atypique, une œuvre-refuge qui s’appelle Vivre seule. Dans cette cabane de bois, le marcheur, sur son itinérance, peut s’arrêter, faire une pause, dormir s’il le souhaite. L’idée est de l’inviter à prendre le temps, à respirer, à découvrir son environnement. On y trouve quelques livres, un lit et une fenêtre sur le paysage. C’est beau : on admire d’un côté la Vallée du Lot, de l’autre le paysage du Ségala lotois, avec ses paysages agricoles et ses boisages. L’œuvre invite à s’imprégner des lieux pour se ressourcer avant le départ, tout en questionnant l’art et l’environnement. Elle offre un refuge physique, un refuge émotionnel, une invitation au voyage.

J’aime que cette création artistique s’éloigne du côté mercantile souvent présent sur le Chemin. Elle emploie des matériaux locaux, faite de vieux bois du XVIIIe siècle, récupéré d’anciennes maisons détruites à Livinhac et assemblé sans vis, ni colle ni clous. Je le trouve intéressant, ce mariage de la culture, de la nature et du tourisme auquel on associe les habitants. C’est une œuvre humaine : les marcheurs se l’approprient, ils y déposent parfois des objets, comme cette coquille et ce bâton que j’ai trouvés ce matin et qui n’y étaient pas la fois dernière. Elle se fait connaître des marcheurs dans le village, les habitants devenant ambassadeurs de l’œuvre, comme un secret collectif confié par le bouche-à-oreille.

Récemment, nous avons peint des galets de Saint-Jacques, floqués avec des monuments du patrimoine local, que nous avons déposés sur le Chemin afin que les pèlerins les trouvent et les fassent avancer dans leur itinérance. Sur les réseaux sociaux, je suis le cheminement des galets, que j’espère voir arriver jusque Saint-Jacques-de-Compostelle ! J’aime participer à ces aventures humaines simples, qui sont à l’image de l’identité aveyronnaise : des valeurs de solidarité, d’attachement à ce territoire rural, éloigné des foules mais marqué par une chaleur, une simplicité des relations, et une facilité du contact humain. »

– Magali

En savoir plus

Marcher dans l’Aveyron : Si vous souhaitez découvrir la partie du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle qui traverse l’Aveyron, préparer votre itinéraire ou explorer les patrimoines locaux, il existe un site internet dédié :

Ailleurs dans la culture

Si cet article parle d’art contemporain, un autre regard sur le Chemin est celui de la littérature, par exemple à travers le roman Immortelle randonnée de l’écrivain Jean-Paul Ruffin !