A la fois tunnel de mine et source thermale, la galerie Saint-Augustin est un symbole fort de l’histoire de notre ville. Je trouve fort à l’heure où l’on parle de réchauffement climatique, de planète pillée. De pays noir, Cransac est devenu pays vert.

Yves


La galerie et source saint-Augustin

Le patrimoine : Une ancienne galerie de puits de mine, le puits numéro 4, qui a fermé en 1911. Autrefois appelée la « Galerie de la couche du mur », cette galerie de niveau assurait l’extraction du charbon. Elle abrite une source naturelle, la source Saint-Augustin, où coule de l’eau thermale.

Le territoire : Cransac, dans l’Aveyron.

L’habitante qui vous en parle : Yves Lacout, président de l’association Les Amis de Cransac.

L’histoire d’Yves

« Longtemps, la colline au-dessous de la galerie Saint-Augustin était un terril. Quand j’étais gamin, on l’appelait « la terre noire » : nous qui regardions des Western, c’était notre Far West à nous, où faire des glissades sur les anciens terrils et jouer dans les crevasses. On rentrait couvert de poussière noire, nos mères n’étaient pas contentes ! Les mines de Cransac venaient alors de fermer, c’était le début d’une autre époque, on le sentait déjà. Depuis, la nature a repris ses droits sur l’ancien terril, le site a été reboisé et une forêt de 600 hectares s’étend sur l’ancien bassin houiller.

A l’origine, Cransac était un village rural connu pour ses eaux thermales et ses gaz chauds. La source Saint-Augustin, avec son eau thermale, en est le symbole. En 1850, Cransac aurait dû avoir un bel avenir thermal, du même acabit que Vichy. Mais deux atouts naturels cohabitaient dans les sols : l’eau thermale et le charbon. Avec la Révolution industrielle, les premières sociétés industrielles ont investi notre territoire, les mines ont créé des emplois, la population de la ville a bondi. Or les mines étaient incompatibles avec le thermalisme : les rues étaient bruyantes, noires, sillonnées de wagonnets de charbon, et il y avait au cœur du village trois puits de mines et des terrils, qu’on appelle ici décharges. Alors les eaux thermales se sont perdues, et les sources qui avaient fait la richesse de Cransac ont disparu. La source Saint-Augustin est ainsi une survivante.

Puis vint une seconde bascule : un siècle plus tard, en 1962, les mines de Cransac ont fermé. Ce fut une période violente, marquée par 66 jours de grève : on avait toujours répété aux mineurs qu’ils tenaient le sort de la France entre leurs mains, et voilà qu’on passait au tout-pétrole. Ici, on a tous été marqués par ce combat. Moi qui ai 61 ans, je suis né avec la fermeture de la mine et j’ai grandi avec l’image de nos ruines minières.

A ce moment-là, le thermalisme a représenté un espoir, celui d’un rebond. La ville a fait ce pari incroyable de le relancer, alors que les ruines industrielles hantaient le cœur du village, que les mentalités n’étaient pas prêtes. Cela semblait insensé, et pourtant ! C’est grâce à ce retour aux sources – et c’est un jeu de mots – que la ville peut envisager un avenir. A la fois tunnel de mine et source thermale, la galerie Saint-Augustin est un symbole fort de l’histoire de notre ville. Je trouve cela d’autant plus fort à l’heure où l’on parle de réchauffement climatique, de planète pillée. Même si culturellement je suis attaché à la période industrielle, qui a fait notre prospérité, je trouve cela beau que Cransac renaisse avec une ressource plus durable. De pays noir, Cransac est devenu pays vert. Cela fait réfléchir. »

– Yves


Explorer à son tour

Pour sillonner à votre tour la région aveyronnaise et son patrimoine minier et naturel, rendez-vous sur l’Office du tourisme :

En savoir plus

Histoire de Cransac : Si l’histoire de ce village atypique vous rend curieux, et si vous souhaitez approfondir ses époques minières et thermales, les étudiants de l’Université Champollion d’Albi ont rédigé une belle compilation :

Apporter sa pierre à l’édifice

L’association d’Yves : Les Amis de Cransac agissent depuis 1990 pour la préservation de ce patrimoine fragile. Pour les aider :