Aujourd’hui, il y a de moins en moins d’endroits sauvages, et je trouve ça formidable de connaître ce lieu où l’on peut encore se perdre. 

Thomas


Les gorges de la Voueize

Le patrimoine : Les gorges forgées par le courant de la rivière Voueize. On peut y apercevoir la belette, le martin-pêcheur et la loutre.

Le territoire : Chambon-sur-Voueize, dans la Creuse.

L’habitant qui vous en parle : Thomas, 24 ans, habitant du coin, en étude de valorisation du patrimoine.

L’histoire de Thomas

 « On a moins conscience, aujourd’hui, de la richesse de notre territoire creusois. Le patrimoine rural glisse dans l’oubli, on y fait moins attention. Pourtant, nos ancêtres ont façonné les paysages, et on peut voir leur trace partout, dans la champs et les haies, comme dans les puits et les lavoirs, qui autrefois faisaient partie de la vie quotidienne. Aujourd’hui, on n’a plus l’utilité de tout ça, alors on le perd, au risque de perdre à jamais ces témoignages, et que ce patrimoine ne vive plus que dans l’imaginaire de certains.

Pourtant, savoir d’où l’on vient aide à comprendre où l’on vit. Mon grand-père et mon oncle étaient paysans, dans ce nord-est de la Creuse où les racines paysannes sont fortes ; en discutant de leur jeunesse, par hasard, j’ai réalisé qu’ils ont connu l’agriculture avec les bœufs, les veillées d’antan, ce qu’on voit dans les films mais dont on n’entend jamais parler ! Ces racines communes et méconnues de la Creuse, qui n’est que tardivement passée au « monde moderne »,  doivent être transmises ; sinon, on ne créera pas d’attache au territoire, et donc on n’en prendra pas soin.

Ici, le courant de la rivière a façonné ces gorges. J’habite à côté, je vois ces arbres tous les matins. Enfant, je venais pêcher ici avec mon père. On se réveillait à 6h, pour que les poissons mordent – mais moi je m’en fichais, je voulais juste être avec lui ! Les gorges de la Voueize étaient pour moi féériques. Plus on avance, plus on entend le torrent qui gronde, plus on s’enfonce dans la forêt. Le chemin reste vierge, les arbres l’entravent et on y voit parfois passer un lièvre. C’était intemporel. Quand on revenait pour le déjeuner, j’avais l’impression d’avoir vécu une journée d’aventure.

Bien qu’attaché aux gorges de la Voueize, je n’ai plus le temps d’y aller. On prend peut-être moins le temps de faire les choses qui comptent. Avant le patrimoine j’ai étudié la biologie, car je voulais être biologiste animal. Je souhaitais partager avec la nature, apprendre à prendre soin d’elle. Aux gorges, mon père me transmettait ce respect de la nature, même avec les poissons. Cela m’a façonné, et si j’ai choisi la valorisation du patrimoine, c’est aussi pour sauvegarder la nature.

Ce lieu magique doit être respecté tel qu’il est. Souvent, le tourisme conduit à créer des sentiers, ajouter des ponts, baliser les arbres ; mais ici, il n’y pas besoin d’aménager la nature pour en profiter. On devrait la laisser vivre – et les arbres tombés serviront d’abris pour les écureuils. Avant les touristes, c’est d’abord un lieu pour les habitants. Alors qu’ailleurs les champs gagnent sur la forêt, ici la rivière est encore sauvage, le courant est fort, il y a des arbres d’espèces différentes, des roches. Aujourd’hui, il y a de moins en moins d’endroits sauvages, et je trouve ça formidable de connaître ce lieu où l’on peut encore se perdre. »

– Thomas


L’histoire de Thomas en vidéo


En savoir plus

Le Pays Préféré des Français : l’émission a réalisé un documentaire sur la Creuse et son patrimoine, entre inspiration littéraire, gastronomie, nature et et création artistique :

Explorer à son tour

Randonnée : Dans le respect de l’écosystème évoqué par Thomas, vous pouvez marcher le long des gorges, sur un sentier de 8,5 km. Pour connaître l’itinéraire et le dénivelé, c’est par ici :

Ajouter sa pierre à l’édifice

Monde paysan : Thomas a lancé l’initiative « Paroles d’antan », pour raconter la paysannerie en Creuse à travers des balades contées, accompagnées d’anecdotes et de musique.