« J’aime l’ambiance de ce trinquet, on s’y sent chez-soi. »

Georges, dit « Yoye »


Le Trinquet Saint-André

Le patrimoine : Le Trinquet Saint-André est une ancienne salle de jeu de paume (mentionnée dès le début du XVIIe siècle). À la fin du XIXe siècle, la salle est adaptée à la pratique de la pelote basque ; elle devient un trinquet. Ce dernier appartient, aujourd’hui, à la mairie de Bayonne mais est géré par la Société Nautique de Bayonne.

Le territoire : dissimulé dans un îlot de bâtiments adjacent à l’église Saint-André de Bayonne, dans les Pyrénées-Atlantiques (64 100).

L’habitant qui vous en parle : Georges Damestoy, membre du Conseil d’Administration de la Société Nautique de Bayonne, président de la section pelote et responsable de la gestion du Trinquet.

L’histoire de Georges

« La première fois que je l’ai vu, j’avais quinze ans. J’étais un amoureux de la pelote basque. On m’avait dit que tous les jeudis, des parties se tenaient entre joueurs professionnels au Trinquet Saint-André. J’ai assisté à ma première partie de mains nues avec une ambiance tout-à-fait spéciale.

À l’époque, les spectateurs n’étaient que des hommes – en grande majorité des agriculteurs venus de l’intérieur du Pays-Basque en bus ; les femmes ne venaient pas. Dans les gradins du bas, il y avait le coin sportif, en haut le coin des parieurs. On pariait pour un point, deux points, à la partie. C’était tout à la parole, c’était tout en basque. Les parieurs se retrouvaient tous à la sortie : « Moi je te dois 10 francs, toi tu me dois 20 francs ».

Quand j’avais entre quinze et vingt ans, on jouait beaucoup, ici, la main nue. C’est une pratique qui se perd à Bayonne mais qui est encore présente dans le reste du Pays-Basque. Tous les grands champions étaient licenciés et jouaient dans le Trinquet Saint-André.

Je gère le Trinquet Saint-André depuis plusieurs dizaines d’années maintenant. Je connais son histoire et j’y joue, de temps en temps, à la pelote.

Jusqu’au XIXe siècle, ce lieu n’était utilisé que pour la pratique du jeu de paume. Puis, il a été adapté pour la pelote basque. En France, je crois qu’il y a quatre trinquets publics où on peut encore jouer au jeu de paume. Tous les quinze jours, on a de vieux adeptes de ce jeu qui viennent à Saint-André. Ils déplient leur filet. Ils utilisent le tambour* pour faire rouler la balle quand ils engagent le but.

Sur le mur de face, le xilo* est un cube qui servait, il y a quelques années, de réserve pour les balles du jeu de paume. On lui a donné, plus récemment, une forme conique pour agrémenter le jeu de pelote basque. Dorénavant, quand la pelote entre dans ce trou, elle peut sortir tout-à-fait normalement si elle cogne le fond du xilo, mais si elle touche un angle, elle sort avec des effets imprévisibles !

J’aime l’ambiance de ce trinquet – entre les joueurs de pelote basque, ceux du jeu de paume et la convivialité du bar attenant – on s’y sent chez-soi. »

*Trinquet : Salle quadrangulaire aménagée pour la pratique de la pelote basque.
*Pan coupé (cf. photo) : Pan de mur légèrement incliné permettant d’envoyer la balle directement vers le filet. Chicane.
*Tambour : Espace pour les spectateurs abrité par un toit incliné et protégé d’un filet. Communément situé contre le mur de gauche et contre le mur du fond.
*Xilo : Mot signifiant « trou » en basque. Chicane.

– Georges (et la raquette du prince)

Les anecdotes de Georges

La visite du prince anglais

Le prince Andrew d’Angleterre, est venu jouer au Trinquet Saint-André, il y a environ deux ans. Pour qu’il y ait un petit peu d’ambiance, il s’est rendu en voiture devant l’église Saint-André, et à pied, avec le maire de Bayonne, il est venu jusqu’au trinquet. Il a fait deux parties de jeu de paume, puis il nous a offert sa raquette en remerciement.

Petits faits historiques

La charpente du trinquet, rappelant la coque d’un bateau, a été faite par des charpentiers du port de Socoa (Pays-Basque espagnol).

Au début du XXe siècle, un couvent de bonnes sœurs a été propriétaire du trinquet.

Autrefois, pour monter dans les gradins, il n’y avait pas d’escaliers mais une échelle en bois.


Explorer à son tour

Si vous souhaitez aller voir de la pelote basque au trinquet, rendez-vous à Saint-André en été : des parties de démonstration sont ouvertes au public !

Renseignement auprès de la Société Nautique de Bayonne ou de l’office de tourisme de la ville :

En savoir plus

Une fiche d’inventaire de patrimoine culturel immatériel est consacrée au jeu de pelote à main nue au Trinquet de Saint-André :

Conseil de lecture

Vous souhaitez en apprendre plus sur les trinquets ? Consultez à la médiathèque de Bayonne le livre Trinquets et Jeux de paume du Pays Basque de Michel d’Arcangues et Sébastien Husté (édition Kilika, 2019).

Un article de France Bleu vous donne un avant-goût de lecture :