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Le lavoir du Ban-de-cour, Ain

« Je trouve l’histoire de l’origine de ce lavoir intéressante. Un premier lavoir avait déjà été construit au 19ème siècle, à côté d’une source naturelle. Mais les femmes du village le trouvaient trop éloigné du centre, et râlaient d’avoir à porter le linge aussi loin. On construisit donc à la fin du siècle un second lavoir – celui-ci. Il recevait l’eau par gravité, par le biais d’un conduit qui le reliait au premier lavoir, ce qui lui permettait de bénéficier de l’eau de la source. C’est pour moi un édifice magnifique. Il est tout en pierre de taille, la pierre du pays. C’est une caractéristique du coin : quand les régions voisines utilisent la brique ou les galets, nous sommes ici dans une région de pierre. On l’extrayait des carrières, certaines situées au sein même du village – aujourd’hui disparues, recouvertes par le boisement. La charpente du lavoir est faite de poutres en bois de chêne. On voit bien que certaines avaient déjà été utilisées : elles ont des entailles régulières tous les quinze ou vingt centimètres, évoquant les « plafonds à la française » qui se faisaient autrefois. Cela montre que le lavoir fut bâti à la fois d’arbres de l’époque et de bois de récupération. L’intérieur est très joli, car tout y est en pierre de taille. Le lavoir est aussi unique par sa taille immense : l’intérieur fait 120 mètres carrés. L’espace d’eau, au centre, est entouré de pierres inclinées à 30 ou 40 degrés qui permettaient aux femmes de frotter le linge. J’aime le fait que certains murs du lavoir portent encore des inscriptions. En effet, à l’époque où les hommes du village, qui travaillaient à la vigne la journée, se retrouvaient dans les cafés et bistrots pour y boire le vin, les femmes, elles, se retrouvaient au lavoir. Elles pouvaient y discuter entre elles, et elles y étaient à l’abri, grâce à la forme particulière de ce lavoir qui ferme complètement, quand les autres s’ouvrent souvent vers l’extérieur. C’était un véritable espace de rencontres ! »

(Rignat, Ain, 01)

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Le camp militaire d’Ambronay, Ain

« J’habite rue du Tram. Dans mon jardin est entreposé un vieux rail, de cinq ou six mètres de long, qui est tout ce qu’il reste d’une ligne de tramway établie entre les deux guerres. En 1939, l’armée ajouta un embranchement permettant de rejoindre la Station-Magasin du village, appelée localement ‘le Camp’. Construit durant la première guerre, ce camp logeait les soldats et alimentait les fronts Nord et Est en matériel et en pain. La nouvelle ligne passait à travers notre jardin, le coupant en deux. Un terre-plein dut donc être installé, afin de permettre à la famille de traverser les rails pour aller de l’autre côté du jardin, chercher de l’eau à la pompe, ou se rendre au village. Deux fois par jour, matin et soir, soldats et « gars de la boulange » passaient à bord du tramway, à travers le jardin, saluant la famille d’un geste de la main. Il me semble que les histoires de cette ligne et de ce camp sont étroitement liées à celles la région, du village et de ma famille. Lorsque les fours fonctionnaient et que le vent soufflait du sud, ma grand-mère qui travaillait dans les champs, plusieurs kilomètres de là, humait avec délectation les parfums des pains ronds et du café grillé qui envahissaient la plaine depuis le camp. Son voisin y travailla ; sur les photos, il porte une sorte de scaphandre, car il peignait au pistolet les équipements militaires. L’une de mes amies y passa son adolescence ; sa maison est toujours là, parmi les baraques qui formaient comme un petit village. Seuls les grands fours de briques rouges ont été détruits. Récemment, le camp a fermé, et il a été vendu. C’est un colonel qui est venu en clore les portes ; il avait un respect pour l’Histoire, et voulait le fermer dignement. Il nous a offert la flamme qui était à l’entrée du camp, un monument qui avait été construit par les ouvriers eux-mêmes. Elle se dresse aujourd’hui à l’entrée du village ; je crois que ça l’a rendu heureux. »

(Ambronay, Ain, 01)

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Le mur des dames, Ain

« Comme son nom l’indique, le ‘Mur des Dames’ est un mur construit par des dames. Dans mon enfance, j’avais une voisine dont la belle-mère avait participé à sa construction, à l’âge de 15 ans. Autrefois, il y avait deux églises dans le village : celle du village et celle du prieuré. Quand les chanoines sont partis, leur église fut délaissée. Elle était alors couverte de grandes dalles de pierres plates, ici appelées lauzes ; très lourdes, elles pesaient sur la charpente, s’ajoutant l’hiver au poids de la neige. Une année, cela a fait éclater la voûte de l’église. La décision fut donc prise de déposer cette chape de pierres, et de la remplacer par des ardoises, plus légères. Il ne restait alors de l’ancien toit qu’un tas de lauzes. Le curé du village, qui venait du Massif Central, se désolait de ce gâchis de belles pierres. C’était l’époque de la guerre de 1870 : les hommes étaient absents. Le curé convoqua donc les femmes et les jeunes filles, afin qu’elles construisent un mur avec les pierres, le long de son jardin. C’était un long mur, de près de 50 mètres ! D’autant que les maçons à l’époque, au 19ème siècle, n’étaient habituellement que des hommes. Le curé ne participait pas ; il jouait un rôle de chef de chantier avec, selon ma voisine, un caractère très acariâtre. Il avait fait construire le mur selon une technique peu commune par ici, de sa région d’origine sans doute, avec les pierres posées verticalement. Cela surprend toujours les gens. J’imagine souvent ces femmes qu’on est un jour venu réquisitionner chez elles, travaillant en rangs serrés sous les ordres d’un curé. Aujourd’hui le mur qu’elles ont construit est toujours là. Le nom de ‘Mur des Dames’ est resté dans la mémoire collective. Ça n’est pas pour moi une page d’histoire abstraite : c’est au contraire très concret et très vivant ! »

(Ordonnaz, Ain, 01)

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Le château-fort d’Ambérieux, Ain

« Quand j’étais enfant, je n’aimais pas trop l’histoire. À l’école, je ne comprenais pas pourquoi Louis XII n’était pas suivi de Louis XIII mais de François Ier. Ce n’est que plus tard que je m’y suis intéressé – et j’ai trouvé l’histoire de la région fascinante. Je ne suis pas natif du village, mais j’y suis arrivé à titre professionnel et j’y suis resté. Il y avait autrefois un château médiéval au centre du bourg, construit au 14ème siècle. La région faisait alors partie du Saint-Empire-Romain-Germanique, et était contrôlée par le Comte de Savoie. Le royaume de France y faisait souvent des incursions, et une famille dont j’ai écrit l’histoire, les Thoire-Villars, vassale des Savoyards, y résistait. C’est l’un des derniers de cette famille qui bâti le château, en 1370. Il fut ensuite racheté par le duc de Bourbon, qui réussit à créer ici, à l’ouest du Saint-Empire, une principauté indépendante – sur laquelle François Ier mis rapidement la main. Aujourd’hui le château-fort a disparu mais il en reste de beaux vestiges : un donjon et trois tours. Le donjon est visible de loin ; à son sommet, on a une belle vue, à 360 degrés, sur la Dombes et les environs. Ce donjon est particulier car il est fait de brique rouge – ce qui est caractéristique des constructions de la Dombes. Si l’est du département est une région montagneuse, avec des carrières, et des châteaux en pierres, ici, à l’ouest, c’est la terre argileuse déposée par un ancien glacier qui est devenu le matériau de prédilection. Ainsi, les maisons sont en terre (le pisé) et les châteaux en brique (les carrons). Ces briques étaient fabriquées sur place, tout près de chez nous, dans des lieux dits ‘carronières’. C’est un matériau qui perdure, et les vestiges sont encore là aujourd’hui. Puisque les briques étaient fabriquées manuellement et cuites à différents degrés, les murs et les tours du château présentent un camaïeu de rouge, du très clair au rouge foncé. Je trouve ça très intéressant, car c’est une trace du savoir-faire des gens. »

(Ambérieux-en-Dombes, Ain, 01)