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La cathédrale Saint-Etienne, Cher

« J’aime cette cathédrale pour son architecture qui embrasse deux époques différentes, mi-gothique mi-romane. Sa silhouette est asymétrique : ses deux tours sont inégales, l’une n’ayant jamais reçu la cloche qui lui était destinée et ayant été renforcée par un contrefort. Cela me fascine, que des hommes soient parvenus à élever, il y a si longtemps, cette cathédrale à l’architecture captivante, et qu’elle se dresse toujours, aujourd’hui, devant moi. Lorsqu’on se tient sur le parvis, la cathédrale impressionne par sa stature ; l’étroitesse de l’espace empêchant tout recul, elle échappe aux tentatives de la capter par un appareil photo. Peut-être que l’absence de recul est voulue, car elle renforce son impression d’immensité. J’aime cette proportion que la cathédrale prend. Même à l’extérieur de la ville, autour de Bourges, on l’aperçoit de loin. Lorsqu’on est enfant, on aime rarement visiter les vieux monuments – mais la cathédrale était une exception. Toujours visible, elle était pour moi comme un signal, un point de repère, qui me disait que j’étais près de chez moi. La cathédrale est comme un phare, un lieu de rendez-vous, où les gens se rencontrent. Je m’assieds parfois devant, avec des amis, pour en admirer les cinq portails et les détails sculptés. Il y a, dans un coin, cette empreinte d’une paire de fesses laissée par un tailleur de pierre ; c’est rare, un édifice qu’on admire et qui nous fait rire ! Récemment, alors que je passais près de Bourges sans pouvoir y entrer, j’ai réalisé que j’étais en train de chercher à apercevoir, de loin, la silhouette de la cathédrale. À cause de la pandémie, je n’avais pu la voir depuis longtemps. J’ai compris que j’en avais besoin, besoin de la voir. »

– Lauriane, pharmacienne

Cathédrale Saint-Etienne, Place Etienne Dolet, 18000 Bourges, Cher
Copyright : Pierre Rouane (CC BY-NC-SA 2.0 FR)

Copyright : Paul Maeyaert (CC BY-SA 3.0)
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L’église Saint-Philbert-en-Noirmoutier, Vendée

« Récemment, j’ai quitté ma terre bourguignonne d’origine pour la Vendée. J’avais toujours vécu en Bourgogne, tandis que la Vendée était la région de mon arrière-grand-mère, une région que je découvrais les étés. Peu après mon arrivée, j’ai découvert cette église, par hasard. Son aspect extérieur m’a beaucoup plu, avec son architecture qui mêle les styles roman et gothique, et son clocher ouvert, par des arches, aux quatre vents. J’ai trouvé que ça lui donnait un charme, plus esthétique que les églises brutes. En y entrant, j’ai eu un coup de cœur : sur les vitraux contemporains, on peut observer plusieurs églises abbassiales, et j’ai été surpris d’en reconnaître une que je connaissais déjà – l’abbaye de Tournus, en Bourgogne, justement ! J’ai instantanément aimé ce lien entre ma région natale et ma nouvelle vie vendéenne. La crypte de l’église accueille le cénotaphe de Saint-Philibert de Tournus, qui fut enterré ici. Si elle se mêle à ma région natale, l’histoire du saint s’ancre aussi dans l’histoire des Vikings : ses reliques furent transportées en Bourgogne pour être protégées des incursions vikings que l’île de Noirmoutier subissait au Moyen-Âge ! Je trouve cela incroyable, de savoir que l’île a été attaquée par les Vikings, qui l’utilisaient comme point d’appui pour envahir la côte ouest et s’implanter en terre franque. C’est une histoire de l’île qu’on connaît peu et qu’on ne s’imagine pas, car elle laisse que très peu de traces aujourd’hui ! C’est intéressant de se dire qu’à cause de cette histoire militaire les reliques ont fui de la Vendée vers la Bourgogne et que si j’ai suivi, plus de mille ans après, le chemin inverse, j’entends toujours parler d’elles. »

– Arnaud, 25 ans, étudiant en histoire de l’art

Église Saint-Philbert, 2 Rue du Cheminet, 85330 Noirmoutier-en-l’Île, Vendée
Copyright Lomita (CC BY-SA 3.0)
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La chapelle Saint-Félix, Yonne

« C’est un endroit qu’on ne peut trouver à moins de le connaître. Les voitures n’y accèdent pas : depuis la route, il faut s’enfoncer, parés de bottes, sur les chemins boueux de la forêt. Soudain, dans les bois noirs une clairière s’ouvre, remplie de lumière, avec une minuscule chapelle posée tel un bijou dans un écrin de verdure. Elle semble sortir d’un conte de fées, cette chapelle dessinée sur son lit d’herbes, avec sa grande porte, ses petites fenêtres, sa tourelle, et ses murs de pierre où le soleil à travers les feuilles fait naître des vagues. On tombe alors immédiatement sous son charme. Puis on pousse la porte – et là tout change. La chapelle fut bâtie au nom de Félix, un enfant du village martyrisé par des barbares. Elle est dédiée aux enfants maltraités, un sujet lourd, dans un espace au poids très fort. Sur le mur est une peinture sombre, dans la tradition des peintures murales de Puisaye, dans des couleurs ocres typiques de la région. Elle représente l’enfant martyre surplombant des corps décharnés sombrant dans un abysse rouge. Captivante et triste, elle me rappelle les danses macabres visibles dans les églises de la région. Sur le petit autel sont posés des papiers ; des mots et des lettres écrits à des enfants aimés et disparus. C’est assez étonnant, la première fois – et puis on comprend. C’est un lieu qui renferme beaucoup de peine et de souvenirs douloureux, auxquels les gens s’accrochent dans le souvenir d’enfants qu’ils ont connus. Ces simples morceaux de papier rendent cette chapelle singulièrement différente des églises classiques, en plongeant le visiteur dans un sentiment de tristesse qui fait presque partie de l’expérience, du contraste du lieu. Régulièrement, des balades partent du village, comme de petits pèlerinages vers la chapelle. Tout le monde s’y rassemble, autour d’un café chaud, pour prier et se recueillir. Je trouve ça très beau, que cette chapelle perdue dans les bois de Puisaye crée des liens entre les habitants ; et qu’il y ait, au fond des bois obscurs, quelque chose de mystérieux et de rassembleur. »

– Marie, 30 ans, co-fondatrice d’Alma Heritage

Chapelle Saint-Félix, 89110 Merry-la-Vallée, Yonne
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La cathédrale Saint-Pierre, Morbihan

« J’ai commencé à y travailler par hasard, en tombant un jour sur une annonce. Et puis quand la fin de saison est arrivée, j’ai eu un pincement au cœur à l’idée de laisser à d’autres celle qui était devenu ‘mon’ monument. Je connais cette cathédrale depuis que je suis née, cela faisait 22 ans que je passais devant ; pourtant, c’est en y travaillant que j’ai compris que je ne la connaissais pas vraiment, et que j’ai forgé avec elle un lien intime. C’est une cathédrale intemporelle : à l’ensemble principal gothique, bâti aux 15ème et 16ème siècles, se superpose une façade dont la moitié médiévale est romane et l’autre un ajout néo-gothique moderne. C’est l’histoire de l’architecture que cet édifice raconte ! J’aime cette cathédrale qui possède un pied ancré dans l’histoire locale et l’autre dans la ‘grande’ histoire. D’une part, elle est intimement associée à Saint Vincent Ferrier, personnage historique et saint patron de la ville, dont elle accueille les reliques. D’autre part, elle fut au cœur de conflits nationaux, largement détruite lors de la guerre de succession de Bretagne et du siège de la ville. L’espace intérieur est divisé en plusieurs nefs et chapelles. L’une d’elles me bouleverse particulièrement ; y reposent, aux côtés de statues de Saint-Louis et de Jeanne d’Arc, les restes des royalistes fusillés à Quiberon en 1795. C’est très fort : à cet événement local se superpose l’histoire nationale, et à celle de l’Ancien Régime celle de la Révolution ; on a l’impression de toucher l’idéologie de la monarchie absolue, ses figures de proue, mais aussi sa fin avec la mort des derniers opposants à la République dans cette Bretagne de tradition royaliste. C’est très fort, presque transcendant, comme si les éléments communiquaient ! Les vitraux aussi sont formidables ; le matin et le soir, j’aimais contempler les jeux de lumières filtrant à travers le verre coloré pour tomber sur la pierre des chapelles et se noyer sur l’orgue. Dans ce lieu calme, on se sent à la fois au cœur de l’histoire et hors du temps. »

– Lisa-Marie, 23 ans, étudiante en histoire

Cathédrale Saint-Pierre, 22 Rue des Chanoines, 56000 Vannes, Morbihan
Copyright A455bcd9 (CC BY-SA 3.0)
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La chapelle Saint-Louis, Charente-Maritime

« Mon intérêt premier est pour les peintures, et j’aime le patrimoine religieux en raison des tableaux qu’on peut y trouver. J’ai l’habitude d’arpenter les rues de la ville, et je connaissais de vue cette chapelle, celle de l’hôpital. Donnant sur une rue passante, elle possède une façade sobre, avec un mur lisse et un portail simplement sculpté. Une légende locale veut que la pierre au-dessus du portail, sur laquelle est gravé le blason de France et de Navarre, provienne d’un temple protestant, détruit durant des conflits entre catholiques et protestants, qui se tenait là autrefois. J’avais toujours vu la chapelle fermée ; un jour, en passant devant, je vis la porte entrouverte. Ce fut une révélation. Je pense que c’est véritablement lorsqu’on entre à l’intérieur que l’on comprend qu’il y a là quelque chose d’inhabituel et de formidable. La chapelle recèle un ensemble exceptionnel de tableaux. Nombre sont en mauvais état, mal éclairées et difficilement accessibles, certains ayant probablement été déposés ici suite aux transformations ou destructions d’autres églises, et ainsi réunis sous les coups du hasard dans cette petite chapelle. En arpentant l’édifice désert, j’ai découvert des œuvres de peintres originaires de la région, adaptant des sujets traditionnels au goût local : un tableau représentant la Foi dominant le port de la ville, un autre signé par un peintre de la marine… L’ancienne tribune de bois dissimule le plus remarquable : une immense toile sombre, pratiquement invisible d’en bas. J’ai toujours été intrigué par les questions de provenance – pour quels bâtiments de la ville ces tableaux étaient-ils destinés ? – et je pense que celui-ci pourrait avoir appartenu à un ancien réfectoire de la ville. Je suis souvent retourné à la chapelle depuis, lorsque je me pose une question sur une peinture ou que je souhaite vérifier n’avoir pas raté de détail. Il n’y a jamais beaucoup de monde, ni qui entre dans la chapelle ni qui en remarque les tableaux ; mais je sais que, lorsqu’on s’y intéressera, on découvrira des choses fascinantes. »

(La Rochelle, Charente-Maritime, 17)

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L’église Notre-Dame, Puy-de-Dôme

« C’est l’une des premières églises où je ne sois jamais entré. J’ai grandi à côté d’elle, et c’est elle qui m’a véritablement donné le goût de l’architecture religieuse. Petit, alors que je suivais le catéchisme, nous nous y rendions parfois étudier sa symbolique et celle des églises en général. C’est surtout ici que je me rendais avec mon père, chaque année, les soirs de Noël pour la messe de minuit. Toute la ville s’y rendait. J’avais parfois l’occasion de lire des psaumes ; et, devant l’assemblée réunie, c’était ma grande tante qui chantait, de sa voix magnifique. J’ai toujours pensé qu’elle aurait pu être cantatrice ! Aujourd’hui, je connais l’édifice par cœur. Telle une sorte de maison spirituelle, j’en connais toutes les pièces, même celles habituellement fermées au public. C’est une église à taille humaine, qui appelle à la solennité tout en demeurant simple, sans beaucoup d’ornements ; un endroit sobre et humble, tout étant joli et chaleureux. C’était à l’origine une église romane, bâtie à la fin du 10ème siècle ; au 19ème siècle, on y ajouta un clocher, en pierre de Volvic, la roche typique de la région. C’est ainsi un ensemble bicolore, qui mêle la pierre blonde de l’architecture romane à la roche de lave noire des ajouts modernes. Cette double nature participe à l’atmosphère accueillante de l’église, plus simple que les églises ou cathédrales gothiques, comme celle de Clermont-Ferrand, mais plus grande et espacée que la plupart des églises romanes. Il est rare de trouver une chapelle romane avec autant de lumière ! J’aime l’atmosphère que cela crée. Finalement, c’est l’une des seules églises où je ne rentre pas pour observer l’art des statues ou des vitraux, comme je le ferais dans une église de Paris ou d’ailleurs ; mais parce je la connais et que je m’y sens bien, et que j’apprécie y passer du temps avec ma famille. »

(Chamalières, Puy-de-Dôme, 63)

Copyright PJ Fontfrède (CC BY-SA 3.0)
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L’église Saint-Jacques-le-Majeur, Yonne

« C’est d’abord un édifice très joli. C’est une église ancienne, romane, qui contraste avec le gothique flamboyant de la basilique voisine. À l’intérieur, certains bancs ont au moins 200 ans ; à l’époque, ils étaient décernés à certaines familles, dont la mienne, une ancienne famille du village. L’église se voit de très loin, de tous les secteurs du village, car elle est bâtie sur un mont qui domine les alentours ; le site est vraiment beau. Depuis le parvis, on aperçoit tout le paysage, les villages des environs, et, sur le mont d’en face, la basilique voisine apparaît dans la perspective. C’est féérique ! Les amis qui me rendent visite disent toujours leur admiration. J’aime aussi cette église parce qu’elle est le point de départ d’un chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Pourtant, lorsqu’on parle du Chemin, on ne parle toujours que de la ville voisine et de sa basilique, et ça me chagrine beaucoup. Sa notoriété étouffe notre petit village, bâti au pied de la colline où elle se situe. Pourtant, le véritable départ du pèlerinage se situait à notre église ; elle contient d’ailleurs un buste de Saint-Jacques et, dans la rue où habite mon beau-père, rue de l’Église, on trouve encore des coquilles ! Je connais cette église depuis que je suis petit. Elle fut le lieu de tous les mariages et, plus tard, des enterrements ; pour moi, elle représente quelque chose au sein du village, parce que tous la côtoient à un moment de leur vie. Mais elle est abîmée. Il ne manque pas grand-chose pour la rafraîchir, et il faudrait prendre enfin le taureau par les cornes. En Corse, où je vais souvent, je trouve les églises phénoménales, avec leurs peintures restaurées et leurs structures entretenues, même pour de vieilles églises comme la mienne. Les Corses ont un savoir-vivre énorme ; on aurait envie d’entrer dans leurs églises en chaussons. C’est ça que je souhaite pour la mienne : lui redonner un air de fête ! »

(Asquins, Yonne, 89)

Copyright Michel Foucher (CC BY-SA 4.0)
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L’église Saint-Étienne, Drôme

« Je suis maire de village, et comédien. J’écris, je mets en scène, j’interprète. Dans mon spectacle je me fais guide imaginaire d’un ‘musée de la vie’ où je raconte les histoires entendues par mes parents au sujet des aïeux que je n’ai pas connus. Le spectacle est pour moi indissociable de la transmission ; or c’est ça, le patrimoine : recevoir et transmettre. On hérite du patrimoine d’hommes qui ont vécu, souffert, et partagé. Je le ressens particulièrement dans l’église du village. Construite au 10ème siècle, c’est un endroit extrêmement vivant. C’est peu banal, pour une église : une présence divine certes, mais, ici, c’est surtout une réelle présence humaine. On perçoit partout dans l’église la main de l’homme, les signes du vécu. Au 15ème siècle, le seigneur Imbert de Bathernay restaura l’édifice ; aujourd’hui, on retrouve ses armoiries en vingt-six endroits de l’église ! On ressent son vécu jusqu’au cimetière, où sont inhumés ses prédécesseurs. Des traces ont aussi été laissées par sa mère, Catherine : une chapelle latérale lui fut dédiée, dont témoigne un vitrail aujourd’hui. Elle est aussi présente sur le parvis de l’église où elle aurait, d’après la légende, été l’actrice principale du ‘miracle des roses’. Même la cloche, baptisée en 1840, possède une identité : elle est nommée ‘Véronique’ ; j’ai identifié la tombe de sa marraine dans le cimetière. Les incendies que l’église a subis ont également laissé des indices, dans la présence d’une statue de Sainte-Barbe, protectrice des pompiers et des mineurs, et dans les traces de feu qui subsistent sur les murs. L’église est ainsi un lieu de vécu mais aussi de souffrances et de reconstructions. Chaque fois que j’y entre, je perçois immédiatement ces signes de vie et je trouve ça spectaculaire. Pour moi, tout l’intérêt, même pour les profanes, vient de là : de vivre le lieu, au sens sensoriel. »

(Bathernay, Drôme, 26)

Copyright : D. Michelas
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Le prieuré de Charrière, Drôme

« Cette chapelle appartenait à un ancien convent franciscain. Je lui trouve un charme fou, dans son cadre de verdure, sur un promontoire dominant la rivière. Je passais souvent près de la chapelle quand j’étais gamin. On en parlait parfois en famille, car nos ancêtres étaient inhumés dans le cimetière ; mais le plus souvent, mon entourage n’en parlait que de façon défavorable, alors je ne m’y intéressais pas. Je travaillais comme paramédical. Plus tard, j’ai pris ma retraite, et je me suis dit que je n’allais pas la passer derrière ma tasse de thé. J’ai fondé une association pour faire revivre un patrimoine immatériel, des us et coutumes, des habitudes. On organisait des dictées en patois ; c’était amusant comme tout. Un beau jour, un nouvel arrivant au village, très cultivé, a racheté la chapelle. Il trouvait dommage de la négliger, et voulait des financements pour la restaurer ; mais la commune était peu motivée, et ça s’est arrêté là. Quelques années plus tard, la toiture de la chapelle s’est effondrée. Ça a forcé la mairie à investir, pour sécuriser les lieux. Le maire est venu me voir – je le connaissais bien, c’était l’ancien médecin du village. Il m’a confié qu’il était ennuyé : la chapelle était à l’abandon, envahie par les broussailles et les ronces, et il craignait que les villageois ne crient au gaspillage de leurs sous. J’ai accepté de l’aider, avec l’association, à faire de la chapelle un endroit joli et propre. C’était un chouette projet : on était une bande de copains, on passait la tondeuse pendant que les dames fleurissaient les alentours. Notre enthousiasme a même motivé la municipalité pour acquérir le reste du couvent. C’est comme ça que la passion est finalement née : ça n’était ni une vocation ni même un choix délibéré, juste la conséquence des événements. Comme quoi, l’appétit vient en mangeant ! »

(Châteauneuf-de-Galaure, Drôme, 26)

Copyright Association Patrimoine Castelneuvois
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L’église Sainte-Agathe, Puy-de-Dôme

« Je suis né dans ce village ; mes parents et mes grands-parents aussi. Je l’ai quitté pour faire une carrière militaire, et puis je suis revenu à mes racines. Ça n’est pas un grand village. Il n’y a plus beaucoup d’anciens, de ceux qui se souviennent du pont suspendu au-dessus de la rivière, aujourd’hui détruit, où ma grand-mère m’emmenait dans une remorque pleine de linge faire la lessive au bord de l’eau ; ou du château qui se tenait dans la plaine, construit par un compositeur auvergnat du 19ème siècle, également détruit ; il n’en reste aujourd’hui plus que quelques marches de pierre. Le plus vieil édifice du village est une église du 11ème siècle. Mon grand-père, le garde-champêtre du village, comptait dans ses attributions de remonter, tous les dimanches, l’horloge du clocher. Il m’emmenait souvent avec lui. Je l’observais actionner le mécanisme de cuivre et ses dizaines de rouages ; avec une manivelle, il remontait les poids de pierre suspendus à des câbles, qui mettaient ensuite une semaine à redescendre. C’est une église particulière car elle est fortifiée : elle se trouvait au cœur du fort villageois, avec sa tour percée de meurtrières, ses créneaux et son chemin de ronde. Elle est entourée de loges de pierre où les villageois se réfugiaient durant la guerre de Cent Ans, alors que des troupes de mercenaires rançonnaient l’Auvergne. La plupart de ces loges ont disparu ; certaines ont des propriétaires privés, d’autres appartiennent à la commune, qui ne s’en occupe pas. Aujourd’hui, l’église est délabrée. Je sais que, dans le patrimoine, on ne peut financer tout le monde ; mais elle mériterait d’être restaurée. C’est là que mes aïeux ont été baptisés, mariés, et enterrés ; et moi, je suis amoureux de ses vieilles pierres. »

(Pérignat-sur-Allier, Puy-de-Dôme, 63)