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Le lavoir à charbon des Chavannes, Saône-et-Loire

« Je suis née ici ; petite, je m’interrogeais souvent au sujet de cette construction mystérieuse qui se tient entre le canal et la forêt, et que j’aperçois presque depuis chez moi. Mes parents savaient sans vraiment savoir, et n’ont jamais pu m’expliquer. Il s’agit d’un lavoir à charbon – le plus grand d’Europe ! ; dans cette ville minière, il rassemblait des machines qui lavaient le charbon pout en ôter les particules non-combustibles et ne conserver que le charbon pur. Cet édifice est emblématique de l’histoire de la ville, pour laquelle l’exploitation minière fut fondatrice : sans les mines, la région ne se serait pas développée, et notre ville n’aurait pas été fondée. Elle s’appelle d’ailleurs ‘Montceau-les-Mines’ ! Pourtant, le lavoir tombe aujourd’hui en ruines. Rempli d’amiante, il est si imposant qu’on ne sait comment le réutiliser. Petit à petit, la ville s’éloigne de son héritage minier, préférant ‘aller de l’avant’. Pourtant, les anciens mineurs sont toujours là, leurs familles aussi, attachées à ce pan de l’histoire. Cela me fend le cœur, que ce témoignage se perde et que l’histoire des mineurs s’efface. Quand ils disparaîtront, il n’y aura plus personne pour s’occuper du lavoir à charbon ni pour parler de ce qu’ils ont bâti, de ce qu’ils ont enduré. Ce sera presque alors comme s’ils avaient fait tout ça pour rien ; qu’ils n’avaient pas compté. Les traces de l’histoire minière sont omniprésentes dans la ville, elles sont un marqueur identitaire fort ; pourtant, personne ne les voit ou ne veut les voir. Moi-même, j’habite dans une ancienne maison de mineur et pour moi, ce lavoir à charbon est une fierté. Je montre à tous les amis qui me rendent visite ce lieu intriguant, qui a le charme de l’architecture industrielle. Immense, ses reflets dans le canal le rendent plus imposant encore. Il attire l’œil, irrésistiblement : sur le pont depuis lequel on l’aperçoit, les voitures ralentissent ou s’arrêtent toujours pour l’observer, bien qu’aucun panneau ne les renseigne sur sa fonction. Pour moi, le lavoir gagne de la beauté lorsqu’on sait pourquoi il est là. »

– Léa, 22 ans, exploratrice locale

Lavoir des Chavannes, 46 Quai du Nouveau Port, 71300 Montceau-les-Mines, Saône-et-Loire
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Le lavoir de Marandin, Saône-et-Loire

« Depuis mon enfance, j’ai toujours vu ce lavoir. Ma grand-mère y lavait son linge. Moi-même, étant agriculteur, je passais tous les jours devant pour rejoindre l’exploitation familiale qui se trouve juste à côté. C’est un lavoir construit par ajouts progressifs, entre le 17ème et le 20ème siècles, en ce qu’on appelle des pierres blanches ; autrefois, tandis que le village voisin produisait des pierres roses, il y avait dans notre village des carrières de pierres blanches. Le village rassemblait de nombreux tailleurs de pierres et compagnons ; leurs ouvrages étaient utilisés jusque dans la ville voisine de Tournus, et même dans certains bâtiments de Lyon ! Aujourd’hui, on aperçoit encore parfois des signes compagnonniques gravés sur certaines maisons et dans le cimetière du village. Les compagnons avaient une façon particulière d’assembler les pierres, et elle a marqué l’architecture de ce lavoir de son empreinte unique. Le lavoir possède un grand bassin en pierre, que je trouve beau, avec une toiture voûtée, ce qui est très rare. Cependant, alors que je passais tous les jours devant, je voyais les ronces et le lierre qui l’envahissait jusqu’à le couvrir. Notre village, comme tous les villages, possède son église, son lavoir, sa croix et son four à pain, et je trouvais ça dommage de laisser tomber en ruine ce petit patrimoine qui le caractérise. Alors j’ai décidé d’agir, avec d’autres habitants – et nous avons restauré le lavoir nous-mêmes ; nous avons brossé les tuiles, fait la maçonnerie et rétablit la toiture. Ce projet, concret et avec du bon sens, a reçu un bel écho autour de nous. Aujourd’hui le lavoir est un lieu important pour le cadre de vie local : situé au bord d’une route, c’est là que l’on se promène ; c’est aussi un lieu où on vit, où on joue, et où on apprend à se connaître. Ce lavoir, c’est un petit patrimoine, et c’est une aventure humaine ! »

(Lacrost, Saône-et-Loire, 71)

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Le lavoir du Ban-de-cour, Ain

« Je trouve l’histoire de l’origine de ce lavoir intéressante. Un premier lavoir avait déjà été construit au 19ème siècle, à côté d’une source naturelle. Mais les femmes du village le trouvaient trop éloigné du centre, et râlaient d’avoir à porter le linge aussi loin. On construisit donc à la fin du siècle un second lavoir – celui-ci. Il recevait l’eau par gravité, par le biais d’un conduit qui le reliait au premier lavoir, ce qui lui permettait de bénéficier de l’eau de la source. C’est pour moi un édifice magnifique. Il est tout en pierre de taille, la pierre du pays. C’est une caractéristique du coin : quand les régions voisines utilisent la brique ou les galets, nous sommes ici dans une région de pierre. On l’extrayait des carrières, certaines situées au sein même du village – aujourd’hui disparues, recouvertes par le boisement. La charpente du lavoir est faite de poutres en bois de chêne. On voit bien que certaines avaient déjà été utilisées : elles ont des entailles régulières tous les quinze ou vingt centimètres, évoquant les « plafonds à la française » qui se faisaient autrefois. Cela montre que le lavoir fut bâti à la fois d’arbres de l’époque et de bois de récupération. L’intérieur est très joli, car tout y est en pierre de taille. Le lavoir est aussi unique par sa taille immense : l’intérieur fait 120 mètres carrés. L’espace d’eau, au centre, est entouré de pierres inclinées à 30 ou 40 degrés qui permettaient aux femmes de frotter le linge. J’aime le fait que certains murs du lavoir portent encore des inscriptions. En effet, à l’époque où les hommes du village, qui travaillaient à la vigne la journée, se retrouvaient dans les cafés et bistrots pour y boire le vin, les femmes, elles, se retrouvaient au lavoir. Elles pouvaient y discuter entre elles, et elles y étaient à l’abri, grâce à la forme particulière de ce lavoir qui ferme complètement, quand les autres s’ouvrent souvent vers l’extérieur. C’était un véritable espace de rencontres ! »

(Rignat, Ain, 01)