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La chapelle Saint-Félix, Yonne

« C’est un endroit qu’on ne peut trouver à moins de le connaître. Les voitures n’y accèdent pas : depuis la route, il faut s’enfoncer, parés de bottes, sur les chemins boueux de la forêt. Soudain, dans les bois noirs une clairière s’ouvre, remplie de lumière, avec une minuscule chapelle posée tel un bijou dans un écrin de verdure. Elle semble sortir d’un conte de fées, cette chapelle dessinée sur son lit d’herbes, avec sa grande porte, ses petites fenêtres, sa tourelle, et ses murs de pierre où le soleil à travers les feuilles fait naître des vagues. On tombe alors immédiatement sous son charme. Puis on pousse la porte – et là tout change. La chapelle fut bâtie au nom de Félix, un enfant du village martyrisé par des barbares. Elle est dédiée aux enfants maltraités, un sujet lourd, dans un espace au poids très fort. Sur le mur est une peinture sombre, dans la tradition des peintures murales de Puisaye, dans des couleurs ocres typiques de la région. Elle représente l’enfant martyre surplombant des corps décharnés sombrant dans un abysse rouge. Captivante et triste, elle me rappelle les danses macabres visibles dans les églises de la région. Sur le petit autel sont posés des papiers ; des mots et des lettres écrits à des enfants aimés et disparus. C’est assez étonnant, la première fois – et puis on comprend. C’est un lieu qui renferme beaucoup de peine et de souvenirs douloureux, auxquels les gens s’accrochent dans le souvenir d’enfants qu’ils ont connus. Ces simples morceaux de papier rendent cette chapelle singulièrement différente des églises classiques, en plongeant le visiteur dans un sentiment de tristesse qui fait presque partie de l’expérience, du contraste du lieu. Régulièrement, des balades partent du village, comme de petits pèlerinages vers la chapelle. Tout le monde s’y rassemble, autour d’un café chaud, pour prier et se recueillir. Je trouve ça très beau, que cette chapelle perdue dans les bois de Puisaye crée des liens entre les habitants ; et qu’il y ait, au fond des bois obscurs, quelque chose de mystérieux et de rassembleur. »

– Marie, 30 ans, co-fondatrice d’Alma Heritage

Chapelle Saint-Félix, 89110 Merry-la-Vallée, Yonne
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L’église Saint-Jacques-le-Majeur, Yonne

« C’est d’abord un édifice très joli. C’est une église ancienne, romane, qui contraste avec le gothique flamboyant de la basilique voisine. À l’intérieur, certains bancs ont au moins 200 ans ; à l’époque, ils étaient décernés à certaines familles, dont la mienne, une ancienne famille du village. L’église se voit de très loin, de tous les secteurs du village, car elle est bâtie sur un mont qui domine les alentours ; le site est vraiment beau. Depuis le parvis, on aperçoit tout le paysage, les villages des environs, et, sur le mont d’en face, la basilique voisine apparaît dans la perspective. C’est féérique ! Les amis qui me rendent visite disent toujours leur admiration. J’aime aussi cette église parce qu’elle est le point de départ d’un chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Pourtant, lorsqu’on parle du Chemin, on ne parle toujours que de la ville voisine et de sa basilique, et ça me chagrine beaucoup. Sa notoriété étouffe notre petit village, bâti au pied de la colline où elle se situe. Pourtant, le véritable départ du pèlerinage se situait à notre église ; elle contient d’ailleurs un buste de Saint-Jacques et, dans la rue où habite mon beau-père, rue de l’Église, on trouve encore des coquilles ! Je connais cette église depuis que je suis petit. Elle fut le lieu de tous les mariages et, plus tard, des enterrements ; pour moi, elle représente quelque chose au sein du village, parce que tous la côtoient à un moment de leur vie. Mais elle est abîmée. Il ne manque pas grand-chose pour la rafraîchir, et il faudrait prendre enfin le taureau par les cornes. En Corse, où je vais souvent, je trouve les églises phénoménales, avec leurs peintures restaurées et leurs structures entretenues, même pour de vieilles églises comme la mienne. Les Corses ont un savoir-vivre énorme ; on aurait envie d’entrer dans leurs églises en chaussons. C’est ça que je souhaite pour la mienne : lui redonner un air de fête ! »

(Asquins, Yonne, 89)

Copyright Michel Foucher (CC BY-SA 4.0)